Un gros bazar, des petits bouts de moi, des livres que j'aime, de mes photos, de ma vie
Les cinq premières années de sa vie ma lutine n'est pas allée à l'école. Quand la fête des mères approchait j'ai commencé à me sentir triste à la perspective de ne pas recevoir mon collier de nouille. Petit symbole de ce choix que nous avions fait de devenir parents.
Son père lui avait fait faire pour moi un collier de pates à larges trous sur de fil électrique et détail auquel je n'aurais pas pensé les lui avait fait peindre;
J'en avais été émue, comblée, touchée. Un adoubement de ma condition de maman.
J'ai toujours une de ses pates peinte, dans ma boite à bijoux, montée sur un bracelet de perles alternées qu'elle m'a fait bien pus tard.
Comme j'ai gardé les cadeaux suivant : une peinture très abouti avec des chevaux où son père a filmé chaque étape pour prouver que c'est bien elle qui a réalisé l'ensemble, un bouquet de fleurs en papier avec des coccinelles... Bref pendant les années où elle ne fut pas scolarisée j'ai ses cadeaux. Précieux.
Je garde le souvenir d'un des miens que je fis à l'école, pour ma mère, et qui m'avait demandé tant d'heures de patience. Quand je revois ma pochette brodée qu'elle utilise depuis vingt sept ans, j'ai un sourire de joie et de fierté.
Et puis un jour nous avons déménagé, j'ai commencé un nouveau travail, elle l'école et tant de choses ont changé.
L'année dernière son instit ne lui en a pas fait faire. Il trouvait compliqué pour un orphelin ou certains enfants dans des situations particulières de faire réaliser ce type de cadeau. Et j'ai été d'accord en pensant à toi. Emportée par le flot de la vie je n'en étais pas triste. Je n'avais pas besoin de symbole. J'avais besoin de temps concret avec elle pour maintenir le lien, sa flamboyance alors que nous étions toutes deux prises par tant de nouveautés.
Cette année sa maitresse a décidé de lui faire faire un cadeau pour la fête des mères. Je ne sais pas quoi, puisqu'elle a tenu à préserver le secret, même si le secret du secret était trop difficile à garder.
Elle était pétillante à cette idée de me faire un cadeau.
Puis elle est rentrée hier et sur le chemin qui nous ramenait à mon travail, elle m'a dit cette phrase qui m'a transpercée : "Tu sais, moi, je voulais te faire un cadeau d'amour.
-Ah?
-Pas un cadeau triste.
_Je me taisais pétrifiée, attendant la suite_
Elle m'a dit aussi : La maitresse m'a criée dessus j'ai pas compris pourquoi. Je crois que c'est parce qu'il était pas parfait. Moi, j'aurai voulu qu'il n'ait jamais existé. J'ai pleuré dessus pour que mes larmes le mouille et le détruise. Tu sais je m'étais dépêchée de finir mon travail pour pouvoir te faire un cadeau parce que je pensais que j'aurai beaucoup de plaisir à exprimer mon amour. Mais, j'aurai préféré ne rien faire du tout.
Je vais donc recevoir de ma fille un cadeau parfait. Parfaitement douloureux. Un cadeau pour lequel on lui a crié dessus, pour lequel elle a tracé trois cercles sur une feuille où vraisemblablement ils n'avaient pas leur place. Un cadeau qu'elle voulait détruire au moyen de ses larmes.
J'ai pensé à cette larme de sang qui avait tachée mon livre de lecture, quand mon instit de cp m'avait giflée une fois encore et que mon nez en avait saigné sur la page.
J'ai pensé à cet autre maitresse en maternelle qui mettait des croix bleus et des croix rouges et qui l'année durant ne m'a jamais mis trois croix bleus.
Une fois je suis rentrée avec deux crois bleus et une avec 1/8eme de rouge parce que mes exercice étaient justes mais mon travail non soigné.
Je l'ai gardé longtemps ce 8eme d'imperfection, cet inatteignable même si ma mère avait repassé en bleu avec un feutre à nous, la tache rouge, ce 8eme de honte. Ce 8eme comme un gouffre qui aspire la confiance en soi et rend conformément aux étiquettes imparfaite.
Je ne sais pas ce que je vais faire de ce cadeau empoisonné, de cette belle pomme rouge. Vais je le détruire avec elle? Vais je le conserver comme le témoin d'une blessure?
Elle m'a dit qu'elle allait m'en faire un autre dans lequel elle mettrait beaucoup d'amour et de plaisir.
Je voulais juste témoigner que pour moi le chemin est au moins aussi important que le résultat.
Je ne suis pas une maman parfaite. J'ai fait beaucoup d'erreurs en apprenant et j'en ferais encore.
Les cadeaux de ma fille n'ont pas à être parfais selon une norme extérieur.
Comme disait Winicott "être une suffisamment bonne mère".
Je ne suis pas une mère parfaite, mais je crois être suffisamment bonne. Je prends beaucoup de plaisir et d'amour à l'accompagner dans la vie et si ses cadeaux reflètent amour et plaisir ils s'approchent délicieusement de la perfection!