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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 23:30

 

   

Je n'avais jamais réfléchie que pour avoir ant-algique dans la langue française il fallait quelque chose à s'opposer. Un truc pas chouette à quoi dire non.
Et puis j'ai rencontré Camomille.
Camomille, algique.
Camomille sa vie comme une chandelle en bout de souffle n'en fini pas de s'éteindre.
Camomille que chaque seconde fait vaciller.
Le peu de sa peau qui dépasse des draps est violette comme un parchemin déchiré. Ses veines y dessinent en bleu les routes d'un carte aux trésors. Mes doigts osent à peine en effleurer les chemins de peur d'aviver la douleur. C'est un corps qui contient une vie, c'est une plaie vive, un innommable entrelat d'écorchures.
Camomille ne parle plus. Je ne connais que son présent. Un présent où elle n'en fini pas de mourir.
Dans sa chambre, sur une étagère poussiéreuse il y a quelques photos d'elle plus jeune, un bol avec son prénom et un réveil qui égraine les secondes et dont le tic tac résonne dans le silence.
Dans sa chambre il y a un lit avec des barrières de chaque coté, un moteur qui ronronne périodiquement pour gonfler le matelas et éviter les escarres.
Dans sa chambre il y a une odeur âcre qui prend à la gorge.
Dans sa chambre il y a Elle. Camomille.

Un chien on l'abattrait.

Et pourtant je ne sais pas comment vous décrire ce qui se passe dans cette chambre là, avec cette personne là. Mais je me suis faite la réflexion que parfois quand on abat un animal par compassion c'est par compassion pour soi qu'on le fait. Parce qu'à voir la Vie s'accrocher à ce corps instant après instant il y a un truc qui tient du magique. Un truc qui fait que cette Vie là je ne sais pas pourquoi elle s'accroche, mais qu'elle s'accroche, c'est indéniable. Par quel espèce de tour de passe passe je devrais à sa place décider que c'est le temps pour elle de partir? Je ne sais pas ce qu'elle attend, ni même si elle attend, mais je sais que jeudi prochain je serais là avec elle. Et le jeudi d'après. Et celui d'après encore… Parce que j'ai choisi de l'accompagner jusqu'à sa fin.
Ce temps hors du temps où je lui caresse les cheveux, ce temps de silence parce que je vais pas meubler ou lui hurler dans les oreilles qui n'entendent plus très bien et d'une douceur indescriptible.

Au premiers temps de notre vie d'humain on ne parle pas, on passe les journées sans pouvoir bouger ou presque, on dors beaucoup, on ne fait rien, on est dans l'être et parfois même pas. La conscience n'apparait que plus tard. Aux premiers temps on a besoin des autres pour manger, se laver et rester propre et ce n'est pas une indignité.

Le début de la vie est contemplatif, la fin aussi parfois.

Camomille, j'aimerai être là à ton passage. J'ai pas envie de trouver en arrivant ton nom sur la première page du classeur, ni ta fiche dans les archives. J'ai pas envie de voir ta chambre vide. J'aimerai juste là ma main effleurant la tienne un jeudi où tu auras fini d'attendre.

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