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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 22:49

Nous avons peur. Peur de souffrir, peur de perdre indépendance, liberté et contrôle. Nous avons peur, peur d’être un poids pour ceux que nous aimons. Peur de la déchéance physique. Peur de ce que nous risquons de devenir dans un miroir. Nous avons mal à l’avenir, cette partie de nous qui ne sera plus nous et que nous ne pouvons pas contrôler. A ces peurs légitimes la réponse de l’euthanasie, la douce mort semble un idéal rassurant, un droit. Son apparente simplicité, son efficacité fait l’économie de la question.

 

Où allons-nous? Cette vie que la médecine rallonge a-t-elle encore un sens ? Mourir dans la dignité, mais qu’est ce cette dignité si volatile que l’homme puisse la perdre. Pour le bien portant qui n’a pas été confronté au fait d’être dépendant depuis sa prime enfance le fait de se faire pipi dessus, d’être lavé par un autre peut soulever une répugnance, une gène, un mal être. Pire encore que la déchéance physique, la peur de perdre la mémoire des êtres que nous aimons, la peur de la démence de notre esprit vient hanter nos cauchemars.

 

Face à cette impuissance, le désir d’une fin contrôlée, d’une fin anticipée peut paraitre le summum de l’humanité. Pourtant entre l’acharnement thérapeutique d’une médecine qui voudrait nous soigner définitivement de la mort et l’euthanasie qui voudrait la précipiter il existe peut être une troisième voie. Sans doute pas la plus facile parce qu’elle est dans un équilibre fait de mille déséquilibres et de mille doutes. Les soins palliatifs. L’humanité jusqu’au bout pour les êtres humains qui tout abimés qu’ils soient, physiquement ou psychiquement restent des vivants jusqu’à leur mort.

 

Les soins palliatifs n’ont pas de réponse universelle ni définitive. Ils sont, la somme des questions et des réflexions accumulées par des gens qui essayent d’humaniser l’impensable. Bien sur ils ont des outils et des connaissances. Ils œuvrent pour diminuer la souffrance physique, spirituelle, émotionnelle… Ils sont là pour apporter à chaque vie, de celle du tout petit qui vivra quelques heures, parfois même pas, à celle du grand âge un accompagnement bienveillant.

 

Je me sens humble devant le mystère qui entoure la mort, je n’ai pas la foi brillante de certains qui parient sur un Dieu. Je ne suis pas médecin, pas infirmière et si certaines personnes obtiennent et prennent le droit de mourir de la main d’un autre ce n’est sans doute pas moi qui pousserai la seringue. J’ai des questions et des doutes. Mais je crois que tant qu’il y a de la vie on peut Être. C'est-à-dire évoluer et se métamorphoser. Vers où et pour quoi ne sont pas des réponses que je peux donner. Dans un contexte économique difficile certains ne risquent- ils pas d’abréger leur vie pour épargner à leur entourage une charge financière ? L’euthanasie ne serait elle pas à ce moment là une régression pour l’humanité ? Quel message passons-nous en temps que société si dans notre loi nous permettons l’homicide ?

 

Dans les sociétés où les ressources ne sont pas suffisantes pour nourrir tout le monde, les vieux et les malades vont d’eux même ou poussés par les autres mourir en dehors de l’humanité. Est-ce qu’après les avoir parqués dans les EHPAD c’est cela que nous voulons pour notre vieillesse ? Est-ce cela que nous voulons pour le bout de notre propre chemin ? Moi je voudrais la mort douce pour moi, pas celle radicale d’une seringue létale mais une mort accompagnée, écoutée dans mes besoins, dans mes émotions, une mort où je ne serais pas une intouchable, une mort chaleureuse où mes débordements serait accueillis, mes doutes entendus. Une mort entourée où ma souffrance physique serait soulagée.

 

Une mort comme ma vie, à mon image, unique.

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Published by Dame_Blanche - dans *la mort est un homme
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