Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 16:30

Les cinq premières années de sa vie ma lutine n'est pas allée à l'école. Quand la fête des mères approchait j'ai commencé à me sentir triste à la perspective de ne pas recevoir mon collier de nouille. Petit symbole de ce choix que nous avions fait de devenir parents.

Son père lui avait fait faire pour moi un collier de pates à larges trous sur de fil électrique et détail auquel je n'aurais pas pensé les lui avait fait peindre;

J'en avais été émue, comblée, touchée. Un adoubement de ma condition de maman.

J'ai toujours une de ses pates peinte, dans ma boite à bijoux, montée sur un bracelet de perles alternées qu'elle m'a fait bien pus tard.

Comme j'ai gardé les cadeaux suivant : une peinture très abouti avec des chevaux où son père a filmé chaque étape pour prouver que c'est bien elle qui a réalisé l'ensemble, un bouquet de fleurs en papier avec des coccinelles... Bref pendant les années où elle ne fut pas scolarisée j'ai ses cadeaux. Précieux.

Je garde le souvenir d'un des miens que je fis à l'école, pour ma mère, et qui m'avait demandé tant d'heures de patience. Quand je revois ma pochette brodée qu'elle utilise depuis vingt sept ans, j'ai un sourire de joie et de fierté.

Et puis un jour nous avons déménagé, j'ai commencé un nouveau travail, elle l'école et tant de choses ont changé.

L'année dernière son instit ne lui en a pas fait faire. Il trouvait compliqué pour un orphelin ou certains enfants dans des situations particulières de faire réaliser ce type de cadeau. Et j'ai été d'accord en pensant à toi. Emportée par le flot de la vie je n'en étais pas triste. Je n'avais pas besoin de symbole. J'avais besoin de temps concret avec elle pour maintenir le lien, sa flamboyance alors que nous étions toutes deux prises par tant de nouveautés.

Cette année sa maitresse a décidé de lui faire faire un cadeau pour la fête des mères. Je ne sais pas quoi, puisqu'elle a tenu à préserver le secret, même si le secret du secret était trop difficile à garder.

Elle était pétillante à cette idée de me faire un cadeau.
Puis elle est rentrée hier et sur le chemin qui nous ramenait à mon travail, elle m'a dit cette phrase qui m'a transpercée : "Tu sais, moi, je voulais te faire un cadeau d'amour.

-Ah?

-Pas un cadeau triste.

_Je me taisais pétrifiée, attendant la suite_

Elle m'a dit aussi : La maitresse m'a criée dessus j'ai pas compris pourquoi. Je crois que c'est parce qu'il était pas parfait. Moi, j'aurai voulu qu'il n'ait jamais existé. J'ai pleuré dessus pour que mes larmes le mouille et le détruise. Tu sais je m'étais dépêchée de finir mon travail pour pouvoir te faire un cadeau parce que je pensais que j'aurai beaucoup de plaisir à exprimer mon amour. Mais, j'aurai préféré ne rien faire du tout.

Je vais donc recevoir de ma fille un cadeau parfait. Parfaitement douloureux. Un cadeau pour lequel on lui a crié dessus, pour lequel elle a tracé trois cercles sur une feuille où vraisemblablement ils n'avaient pas leur place. Un cadeau qu'elle voulait détruire au moyen de ses larmes.

J'ai pensé à cette larme de sang qui avait tachée mon livre de lecture, quand mon instit de cp m'avait giflée une fois encore et que mon nez en avait saigné sur la page.

J'ai pensé à cet autre maitresse en maternelle qui mettait des croix bleus et des croix rouges et qui l'année durant ne m'a jamais mis trois croix bleus.

Une fois je suis rentrée avec deux crois bleus et une avec 1/8eme de rouge parce que mes exercice étaient justes mais mon travail non soigné.

Je l'ai gardé longtemps ce 8eme d'imperfection, cet inatteignable même si ma mère avait repassé en bleu avec un feutre à nous, la tache rouge, ce 8eme de honte. Ce 8eme comme un gouffre qui aspire la confiance en soi et rend conformément aux étiquettes imparfaite.

Je ne sais pas ce que je vais faire de ce cadeau empoisonné, de cette belle pomme rouge. Vais je le détruire avec elle? Vais je le conserver comme le témoin d'une blessure?

Elle m'a dit qu'elle allait m'en faire un autre dans lequel elle mettrait beaucoup d'amour et de plaisir.

Je voulais juste témoigner que pour moi le chemin est au moins aussi important que le résultat.

Je ne suis pas une maman parfaite. J'ai fait beaucoup d'erreurs en apprenant et j'en ferais encore.

Les cadeaux de ma fille n'ont pas à être parfais selon une norme extérieur.

Comme disait Winicott "être une suffisamment bonne mère".

Je ne suis pas une mère parfaite, mais je crois être suffisamment bonne. Je prends beaucoup de plaisir et d'amour à l'accompagner dans la vie et si ses cadeaux reflètent amour et plaisir ils s'approchent délicieusement de la perfection!

Partager cet article

Repost 0
Published by Dame_Blanche
commenter cet article

commentaires

dame_blanche 26/05/2015 21:13

Lundi, 27 décembre 2004

Après la polémique, la pluie...
Depuis le début de ce blog :
j'ai tenté à plusieurs reprises de faire de l'humour,
je me suis engagée quelques fois sur des sujets qui me tenaient à coeur,
j'ai dressé quelques portraits des personnes que j'aime,
j'ai écrit des choses sans importance juste pour le plaisir d'écrire,
j'ai mis la seule fausse note en privé pour ne pas l'effacer,
Il est peut être temps de parler de mes blessures...

L’écho de la souffrance des autres...
On nomme ça empathie...
Mais il faut qu'il y ai des murs pour que l'échos se répercute...
Ces même murs intérieurs où je me suis écorché les poings. Comparé à d'autres je n'ai pas souffert beaucoup, ni longtemps. Mais les cicatrices des murs sont là. Et ces cicatrices sont les stigmates païens de mon empathie.

La première des cicatrices est inscrite dans les mots.
En profondeur.
En clivage.
Les bons mots, ceux qui écris ou lus m'ont sauvée.
Les mauvais, ceux qui ont été écorchés par manque d'attention... par défit ou par ce je ne sais quoi qui se dérobe et que l'on nomme inconscient.
Une boule de peur et de colère remonte dans ma bouche pour étouffer les cris.
Une boule amère de larmes et d'incompréhension.
J'ai cinq/six ans je rentre en dernière année de maternelle.
J'aime l'école.
J'aime les enfants qui y sont.
J'aime les mille et une choses qu'on y apprend.
J'aime cette découverte de l'inconnu. Je suis enthousiaste.
J'aime mes instits précédents...
Je suis contente et impatiente d'en découvrir encore une autre.
Elle s'appelle Madelaine on l'a surnomme Mado.
De sa classe j'ai tout oublié... sauf le système des croix. Bleus elles sont synonymes de réussite, rouges elles sont la honte et l'échec. Je n'ai en une année pas réussie à avoir trois croix bleues. Une fois elle m'a mis deux croix bleues et la dernière avait un huitième de rouge, juste pour dire... Juste pour dire que je n'avais pas droit à la perfection... Pour le manque d'application a t elle dit.
Et même si ma mère à eu le bon sens de me dire ce jour là qu'elle me les donnait elle les trois croix bleus, depuis je suis toujours à un huitième de la perfection... Juste pour dire que je ne suis pas faite pour elle... Juste pour dire qu'elle se dérobe toujours.
Je ne me souviens de rien de cette année là... Si ce n'est de Thibault qui lui repartait toujours avec ses trois croix bleues.
Je ne me souviens plus rien de cette année là, mais je me souviens que l'année où mon frère était dans sa classe elle a menacé un gamin de lui couper le zizi s'il faisait encore pipi dans la cours.
Je me souviens que cette même année elle a dit à un gamin qu'il était juste bon pour la poubelle et qu'elle l'a mis dans la corbeille.
Je me demande tous ce que j'ai eu a oublier pour que mon cerveau fasse l'impasse sur cette année là alors que mon premier souvenir date d'avant mes deux ans.
De cette année là j'ai commencé à aimer un peu moins l'école je crois...
Et puis il y a eu le CP, la joie de se sentir grande.
Le soulagement de quitter Mado.
Si j'avais su ce qui m'attendais je aurais peut être préférer rester.
Fini les prénoms, on l'appelle par son nom : Mme Mallet, l'instit du CP.
Elle est vielle, sèche.
Elle a de beaux cheveux poivre et sel.
Et deux fils, plus grands que nous.
Je vais l'avoir deux ans.
Deux longues années que je vais oublier totalement pendant huit ans.
Deux années qui vont me revenir d'un coup en 3eme.
Deux longues années où je vais apprendre l'écriture et la lecture...
Et presque 20 ans où chacun de mes mots portera les stigmates de la violence et de l'imperfection.
Je suis en troisième, le prof de bio radote pour la cinquième fois son concept. Comme j'aime la bio je capte la première fois, je note à la seconde et je bavarde de la troisième à la cinquième fois.
Le prof à la main leste. Il frappe ma compagne de bavardage (qui avait une minerve) et lève son bras pour continuer sa punition sur moi.
Je me lève si violemment que ma chaise par à la reverse et s'écrase derrière moi, je plante mon regard dans le sien et d'une traite sans reprendre mon souffle je lui dis que s'il abaisse sa main sur moi je me roule par terre, je vais chez la directrice et je me débrouille pour lui faire perdre son job. Je lui dis ça avec colère. Une colère froide et meurtrière. J'ai une pulsion de haine si intense que je serai prête à le tuer là, tout de suite. Le prof bafouille, laisse retomber lentement sa main le long de son corps et reprend tant bien que mal son cours.
Des années plus tard il lèvera sa main sur ma soeur qui lui dira froidement "Cagnac ça vous dit quelque chose?" en le regardant dans les yeux... et il laissera retomber sa main de la même façon...
Mais en frappera encore combien qui ne diront rien?
Et le cours reprend...
Je ne suis pas en état de suivre, il l'est à peine en état de le faire.
Je ne comprends pas ce qui m'a poussé.
Et puis me reviennent en flash back des images d'autrefois.
J'ai sept/huit ans elle vient de me gifler si violemment que mon nez saigne et que je tache mon livre de lecture.
Le soir j'en parle pour la première fois à ma mère qui a du m'interroger sur le sang.
Ça fait presque deux ans que ça dure et j'en parle seulement à ce moment là. J'ai peut être cru que s'était normal à la grande école de se faire gifler, de se faire tirer et tordre les oreilles, de faire tirer les couettes. Ou que s'était ma faute, puisque je n'étais pas suffisamment soigneuse pour mettre entre parenthèse mes erreurs. Mon huitième d'imperfection. J'y ai peut être vu une juste punition, à mes étourderies. J'ai due paraître craintive. Je revois ma mère qui me rassure. Ma mère qui se déplace pour expliquer à la maîtresse que si elle s'avise à retoucher sa fille c'est elle qui va lui retoucher le portrait. Pendant une semaine Elle me laisse tranquille, m'ignore... Puis ça recommence les remarques insidieuses qui s'incruste blessantes, les cheveux qu'elle tire (même s'il est vrai qu'elle ne me gifle plus autant)... J'ai due le croire que j'étais une bonne à rien, une nulle.
En seconde, je choisie le théâtre. Mon prof français/théâtre est à la veille de la retraite (il va la repousser pour nous accompagner jusqu'au bac).
Il nous explique qu'il a 100% de réussite au bac.
Il nous explique qu'au delà de 10 fautes par copie il met 1/20 et s'arrête de corriger.
Je lui rend ma première copie et mes premier mots sont :
"comme il est certain que je dépasserai toujours les 10 fautes autorisées, ne serait ce que dans cette introduction, il est inutile d'aller plus loin. Vous pouvez d'hors et déjà me mettre 1/20 de moyenne. Les fautes d'orthographe sont mon symptôme. Si je lis un livre par jour et si je suis capable dans un roman de 900 pages de repérer la seule coquille, la seule faute... je suis bien incapable de voir la moindre des miennes dès que j'y met un tant soi peu d'émotion et ce même en relisant attentivement."
Il changera sa notation pour moi.
Je diminuerai mon symptôme pour lui. 50 fautes en moyenne par copie il enlèvera 1 point par 10 fautes... Même avec moins cinq points sur mes copies j'arriverai à avoir la moyenne assez fréquemment.
J'ai beaucoup d'estime pour lui... Et je pense que s'il n'avait pas eu la souplesse de s'adapter à ma souffrance il m'aurait définitivement brisée au niveau scolaire. Au lieu de ça, il m'a permis d'amorcer le processus de cicatrisation.
Longtemps j'ai repoussé cette lettre.
Longtemps j'ai chéri mon symptôme de défaillance orthographique.
Comme si l'abandonner niait le mal que Mme Mallet m'avait fait...
Comme si ne plus faire de faute voulait dire oublier.
Et je ne voulais pas perdre de nouveau ce morceau de mon passé.
J'avais peur que cette lettre me guérisse définitivement de mon symptôme.
J'avais aussi peur qu'elle ni change rien.
A elle et à Mado qui sont aujourd'hui à la retraite, et à tous ceux qui enseignent encore en pensant que les coups aident à apprendre je voudrais conseiller le très beau livre d'Alice Miller la pédagogie noire...

Je vous pardonne vos coups à répétitions.
Je vous pardonne vos humiliations quotidiennes.
Je vous pardonne ces années de sévices,
Je vous pardonne.
Je pardonne à tous ceux qui savaient et qui n'ont rien fait, ou pas assez...
Je vous pardonne.
Je me pardonne d'avoir souhaité votre mort du fond de ma souffrance,
Je me pardonne d'avoir savouré ton cancer comme une preuve de justice,
Je me pardonne d'avoir prolongé ma souffrance jusqu'à aujourd'hui alors que je ne vous ai côtoyé que trois ans,
Je me pardonne.


Humeur du Moment: douloureuse et libératrice

Dame_Blanche 26/05/2015 21:14

un vieux texte pour ne pas en perdre la trace